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 L’électrification de l’Afrique : une politique technique ou sociale ?

Réalités industrielles 2019/3, pp 43-45 ;

Lionel Zinzou

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Note de lecture de Faustin Ekollo, docteur en droit

Ce petit article de l’ancien candidat à la présidence du Bénin est publié dans un numéro de Réalités industrielles dont le titre est Quel avenir pour l’économie africaine ? A Paris et Bruxelles, un mouvement de téléphone arabe a conduit nombre de curieux en librairie pour le feuilleter ou l’acheter. Dans la majorité des cas, ce fut peine perdue ; seules les grandes librairies et quelques officines spécialisées possèdent cette revue en rayon ; les autres offrent de commander ou conseillent un abonnement, y compris électronique.

Contenu agréable

Derrière son titre mystérieux, le texte est intellectuellement séduisant et agréable à lire. Il décrit des problèmes assez concrets dans le domaine de l’électrification et quelques tendances justifiant un certain afro-optimisme.

L’article brosse habilement des paradoxes : certains sont liés à la démographie, à la différence entre villes et zones rurales ou à la question du financement.

Pour ce qui est du financement, s’agissant des énergies renouvelables, ce texte indique qu’avec la baisse du coût de l’éolien et du solaire, le microcrédit devient une solution économiquement réaliste. Mais, l’auteur regrette en parallèle le défaut paradoxal de financements institutionnels concernant des projets parfaitement bancables. Il enchaîne néanmoins de manière sereine en citant des exemples de pays dans lesquels le cercle vertueux fonctionne : Sénégal, Maroc, Kenya, Djibouti. Il n’oublie pas les cas étranges : Nigérian et Afrique du Sud, avec des délestages électriques très fréquents, malgré leurs ressources…

Côté pratique oublié

Dans la mesure où monsieur Zinzou signale le recul de la croyance en l’Etat, et évoque là où le secteur privé fonctionne mal, la fin de son article n’est pas à la hauteur de la curiosité suscitée.

L’auteur aurait dû consacrer quelques heures ou quelques jours de plus pour proposer des solutions concrètes, allant dans le sens de l’option politique sociale qu’il évoque. Peut-être faut-lire entre les lignes pour le suivre. Le message est alors très difficile à déchiffrer.

A défaut de conseils pratiques, la culture générale et les informations techniques de l’auteur lui donnaient amplement la possibilité de citer un ou deux exemples largement reproductibles. C’est le cas de certaines solutions locales d’électrification par Community Development empruntées à ce que l’on fait dans des pays comparables comme le Ghana ou le Kenya, avec éventuellement des suggestions combinant technologie et mobilisation sociale[1].

L’introduction du terme politique sociale, dans le titre et dans la conclusion de l’article aurait peut-être dû être une opportunité pour indiquer des solutions d’économie solidaire et sociale, ESS, alternatives ou complémentaires aux financements bancaires, spécialement par le mouvement des coopératives et le boom africain de crowdfunding, en complément du l’indication des microcrédits et du recours au mobile-money.

Et, désormais, quand on évoque une troisième voie entre l’Etat et le Marché, on ne peut plus faire l’économie d’un examen, même rapide, de solutions précises de type coopératives ou ESS, ne serait-ce qu’en raison de la campagne ONU-OIT qui a abouti à consacrer 2012  comme année internationale des coopératives, avec des recommandations pressantes en matière de financement[2]. Ces thèmes sont largement ignorés de l’Afrique francophone malgré le succès retentissant qu’avaient rencontré les coopératives et associations de femmes pour les arbres, sous l’encadrement magique de la regrettée Wangari Maathai, prix Nobel kényane de la paix.

Dans le cas présent, on apprécie l’implication de Monsieur Lionel Zinzou. Mais les technocrates africains doivent apprendre à ne pas terminer l’examen de problèmes concrets par des généralités. Il faut laisser cet exercice à ceux qui souhaitent surtout détruire le capitalisme[3].

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  1. Voir en ce sens un formidable article de Pierre Jacquemot et de Marie-Noëlle Reboulet, Options technologiques et modèle d’organisation de l’électrification rurale en Afrique, Afrique contemporaine 2017/1-2, pp 155-184
  1. Année internationale des coopératives
  2. Si l’on en croit les bonnes feuilles publiées par la grande presse française au sujet du dernier livre de Thomas Piketty, Capitalisme et Idéologie

 

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