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Hommage au Bâtonnier  Bernard Muna

Par Faustin Ekollo

Le Bâtonnier Bernard Muna n’est plus.

On retiendra que, de son vivant, il fut le plus grand Bâtonnier de l’histoire du Cameroun. Grand, il le fut par son immense popularité parmi les avocats camerounais. Le plus grand, il le fut dans la manière d’aborder les circonstances historiques auxquelles il fut confronté à une période délicate de la construction de notre pays.

Je ne connaissais pas personnellement Bernard, ou Ben comme l’appelait affectueusement nombre d’avocats camerounais de toutes générations. La première fois que je l’ai rencontré, c’était au cours d’une réunion internationale du Barreau, à Nice. Son frère Akere Muna, alors Bâtonnier en exercice,  et une huitaine d’autres avocats camerounais y participaient. Il occupait à l’époque les fonctions de vice-procureur auprès du TPI pour le Rwanda. La seconde fois, je l’ai rencontré à l’Institute of Advanced Legal Studies, un peu étonné de le voir dans ce temple de la recherche. Il était en compagnie d’une légende de l’enseignement et du droit au Cameroun, le Doyen Peter Ntamarck,  enseignant dont j’avais suivi les cours sans notes de Law of Contrat  avec jubilation, à l’Université de Yaoundé dans les années 80.  Devant mon étonnement mal maîtrisé, le Bâtonnier avait évoqué,  avec sa bonne humeur habituelle, des recherches pour  le dossier de Bakassi.

Ce grand Bâtonnier eut un rôle décisif et unique dans l’accélération du retour au multipartisme dans notre pays. A l’étranger, bien des gens furent impressionnés par sa prise de position publique affirmant avec force le droit de créer un parti, contrairement aux communiqués des ministres de la justice, de l’administration territoriale et de la communication.  La position du Bâtonnier fut la première expression publique indépendante sur le sujet depuis la période d’instauration du parti unique et de l’onde de choc exceptionnelle qu’avait provoquée  l’arrestation d’André-Marie Mbida  de Charles Okala et du docteur Eyidi Bebey. Ils s’étaient simplement exprimés sur la nécessité de maintenir le multipartisme. Il faut rappeler que l’avis du Bâtonnier a prévalu dans l’opinion publique camerounaise.

Toujours dans le cadre du retour au multipartisme, Ben Muna fit preuve d’un courage personnel et d’un savoir-faire dans l’organisation de la défense du Bâtonnier Yondo Black  qui forcent admiration et respect.  Tout le monde sait également, depuis quelques années,  qu’en dépit des apparences, il fut l’un des principaux cerveaux derrière le surgissement du SDF au plus haut niveau dans la vie politique camerounaise.

Le Bâtonnier Bernard  Muna a été l’un des rares cadres anglophones crédibles à calmer le jeu face à de nombreuses réactions extrêmes, mais légitimes,  après la constitution de 1996 considérée comme une constitution francophone. Auparavant, des anomalies grossières avaient irrémédiablement entaché le résultat de l’élection présidentielle de 1992 ; une forte tendance conseillait avec force à monsieur Fru Ndi,  Chairman du SDF, de lancer un mot d’ordre pour une insurrection. Le Bâtonnier Muna avait réussi à dissuader le Chairman d’emprunter cette voie, en raison des risques de guerre civile.

Il faut d’ailleurs dire un mot du testament politique de Ben Muna,  en rapport avec l’actualité politique tendue et navrante au Cameroun. En pensant à la tragique pratique des directions politiques à vie à la tête de l’Etat, des autres institutions ou des parties politiques au Cameroun, on doit spécialement apprécier la leçon politique et morale qu’il donna à tous en organisant de manière institutionnelle et crédible sa propre succession à la direction de l’Alliance des Forces Progressistes.

Ces faits et d’autres lui avaient de son vivant des éloges sincères de toutes parts, dans notre pays et, parfois, bien au-delà.

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